Monday, May 15, 2006

A Yara

Une très belle femme enceinte libanaise a ecris cette merveilleuse lettre à son bébé:
"A Yara


Neuf mois se sont écoulés depuis que le miracle de la vie s’est faufilé dans mes entrailles. Depuis que la grâce de Dieu a comblé mon existence. J’ai nagé dans le bonheur de l’attente, neuf mois durant ; l’attente de mon premier chef-d’œuvre existentiel, du fruit phénoménal de l’amour. A toi, Yara, mon rayon de soleil auroral, je m’adresse aujourd’hui au vu et au su de la terre entière. En esquissant ces lignes jaillies du cœur, je perçois ton agitation fébrile qui secoue mon ventre rebondi. Sais-tu déjà que tu es la reine de ce papier qui prend forme sous mes doigts ? Que je tente de communiquer avec toi avant même que tu ne voies le jour ? L’amour, l’instinct maternel qui m’était étranger il y a peu, guident mes mots aujourd’hui...Pourtant, l’inquiétude et l’angoisse s’infiltrent dans mes pensées abyssales. Avais-je le droit de t’introduire, sans permis ni préavis, dans le monde d’ici-bas ? De t’engouffrer dans le train vertigineux de cette existence incompréhensible ? De t’enraciner dans la terre séculaire de mes ancêtres, creuset de guerres intestines et de conflits fratricides ? De t’offrir au Liban d’aujourd’hui dont je ne parviens plus à saisir les contours, ce Liban « de lait et de miel » qui m’échappe désormais dans le tourbillon de la haine, de l’hypocrisie et du mensonge ? Quel avenir ma patrie te réserve-t-elle ? Sera-t-il à la hauteur de l’amour que je te porte, des rêves que je tisse pour toi, des prières que je formule à ton intention ? En mon for intérieur, j’ai peur de te décevoir. Je crains que ces montagnes qui ont surplombé, majestueuses, le paysage de mon enfance ne s’effondrent sur tes ambitions ; que ce grand bleu qui effleure mon village natal n’engloutisse ta joie de vivre ; que le ciel azur qui règne sur ce petit bout de terre ne te paraisse illusoire ; que la petitesse de certaines âmes citoyennes ne ravissent ton innocence. Pardonne-moi dès aujourd’hui si la vie, que je te souhaite fleurie de roses sans épines, te désappointe plus tard, si elle t’empêche d’ouvrir tes ailes magistrales et freine ton envol. Si ce Liban que j’aime tant blesse ta pureté et écorche ta candeur, s’il t’abandonne au milieu du chemin et transforme tes rêves en chimères. Ne lui en veux pas, s’il te plaît, parce qu’il ne choisit pas son sort, parce que son destin n’est hélas que le reflet des desseins de ses fils, l’œuvre du moule dans lequel ils le glissent.

Ma princesse, je n’ai pas encore vu ton visage angélique, ni frôlé ta peau douce, ni réalisé la grâce qui m’est donnée, mais je devine déjà la beauté de ton regard, l’élégance de tes gestes. De te donner la vie est un miracle qui illumine mon existence et que je ne regretterai jamais. J’espère seulement que la vie ne gâchera pas cette joie, qu’elle te permettra de valser dans un jardin de fleurs et de musique, te voler dans un ciel de pureté et de splendeur ; que ce Liban, ton premier sol d’accueil, veillera sur ton bien-être et ta réussite. Je souhaite que tu gardes de ta naissance en ce printemps libanais, synonyme d’espérance et de liberté, le souvenir d’une éclosion merveilleuse, d’une aube majestueuse, d’un élan vers l’épanouissement et le bonheur. D’une bénédiction providentielle."

Fida Khalifé Absi

2 Comments:

Blogger Maldoror said...

This comment has been removed by a blog administrator.

10:10 PM  
Blogger Maldoror said...

You could kill an entire nation by destroying the dreams of its people.

10:13 PM  

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